Historique du régiment pour l'année 1918

Extrait de l'historique du 219e régiment d'infanterie pendant la guerre 1914-1918

Le régiment prend le secteur de la forêt de Pinon et bois d’Herly et est chargé de l’organisation du secteur.

Combats des 27-28 mai : Forêt de Pinon et Chemin des Dames.

Situation le 26 mai – Depuis le 31 janvier 1918 le 219ème tient le sous secteur de Vaudessons sous le commandement du lieutenant-colonel Le Gallois. Il est encadré à droite par la 21ème D.I. et à gauche par le 264ème R.I., le front du Régiment longe la berge sud du canal de l’Ailette. Les points importants de son secteur sont : la forêt de Pinon, le village de Vaudesson et le carrefour de l’Ange Gardien.
Dans la journée du 26 mai, 2 prisonniers capturés par la 22ème D.I. déclarent qu’une attaque importante se déclenchera le 27 mai à 1 heure, ayant pour objectif le Chemin des Dames.

Journée du 27

A 1 heure ainsi que chacun s’y attendait à la suite des déclarations de prisonniers capturés la veille, un bombardement d’une violence extrême se déclenche sur tout le secteur ; la forêt de Pinon formant cuvette est inondée de gaz. C’est à travers le masque que se font les communications téléphoniques ; à 4 heures les lignes téléphoniques et les antennes de T.S.F. sont coupées, la liaison est effectuée par les coureurs. A 4 heures 45, on fait connaître l’arrivée des allemands à l’ouest dans Pinon. L’ennemi cherche à encercler la forêt de Pinon et à neutraliser la résistance opposée par les bataillons Muller et Pérès ; des contre-attaques déclenchées pour s’opposer à cette manoeuvre sont décimées par des barrages roulants et des mitrailleuses, le bataillon de réserve est détruit. Il reste une poignée d’hommes qui, groupés auprès du capitaine Leussier, du lieutenant Deygout, du sous-lieutenant Troussel combattent toue la journée de trous d’obus en trous d’obus, tirant plus de 20,000 cartouches de mitrailleuses, réussissant en fin de journée à rétablir la liaison à droite avec le 265ème. A 6 heures les colonnes ennemies encerclent l’Etat-Major du Régiment et les bataillons Pérès et Muller qui ont conservé leurs positions ; le forêt de Pinon devient un véritable enfer à en juger par la fusillade intense, le crépitement des mitrailleuses et l’éclatement des grenades. Ces bataillons composées en majeure partie de soldats bretons commandés par des officiers bretons, accomplissent les prescriptions du plan de défense : « Tenir sur place sans aucune pensée de recul ».
A partie de ce moment, seuls les pigeons voyageurs fournissent des renseignements sur la situation, à 7 h. 10, colombogramme du commandant Pérès :
« Bombardement violent a commencé sur réduit Quimper ; Orangerie (de pinon) prise et plateau de Chavignon, sommes isolés. Résisterons jusqu’au bout ».
A 8 heures 15, colombogramme du commandant Muller :
« La situation est la suivante : le 265ème R.I. ayant cédé, la compagnie de l’Ecluse tournée sur sa gauche se replie sur le réduit de Romans, s’appuyant à droite à la 18 qui tient encore le P.A. Maris en entier. Nous faisons face à l’ouest dans le réduit Romans et nous tiendrons le plus longtemps possible. »
Dès 9 h. 15 l’encerclement de la Forêt de Pinon est confirmé par les renseignements d’aviation : « Ilot et forêt de Pinon entre les mains des allemands…. Dans la village de Pinon, nombreux caissons. Tous les allemands ont l’air de venir en colonnes sur les routes montant de Pinon et de la forêt de Pinon sur le Plateau. »
L’ennemi ayant progressé par le ravin de Chavignon, a pris de bonne heure par derrière le bataillon LEUSSIER en soutien des deux bataillons occupant la forêt de Pinon ; a encerclé le P.C. du lieutenant-colonel LE GALLOIS à Vaudesson.
A 11 heures,
Le commandant MULLER rend compte par pigeon-voyageur ; « Bataillons Muller et Pérès tiennent toujours Forêt de Pinon et Dherly avec bataillon Lescazes du 137ème R.I. (21ème D.I.) ; ils organisent la défense et attendent d’être dégagés. »
L’avance de l’ennemi aux ailes ne permet pas de parvenir jusqu’à ces bataillons dont la résistance a du se prolonger très tard dans la journée du 27 et même dans la nuit du 27 au 28. Seul, le manque de pigeons voyageurs les a empêchés de nous faire vivre de coeur avec eux jusqu’au bout, les dernières phases de la résistance.
A 15 heures 50,
Alors qu’il est impossible de tenter quoique ce soit pour les unités encerclées, un dernier message par pigeon voyageur expédié à 14 heures par le commandant Muller rend compte de la situation dans les termes suivants :
« Nous tenons toujours dans le réduit Romans. Nous sommes complètement encerclés. Le centre de résistance de droite (bataillon Pérès) est pris de flanc et subit une pression extrêmement forte. Tout le monde fait son devoir de la façon la plus extrême, officiers et soldats. Il ne reste plus que le quart de l’effectif. Vous pouvez venir nous chercher. Nous tiendrons encore une demi-journée. »
Le résultat moral et les conséquences immédiates de la conduite du 219ème R.I. sont soulignés par les allemands eux-mêmes dans le journal « Buns » :
« STEGEMANN » déclare que c’est la résistance acharnée des français et des troupes noires que le général FOCH doit d’avoir pu tenir la ligne Compiègne-Château-Thierry-Montagne de Reims, comme ce sont les Bretons qui, par leur farouche conduite ont rendu difficile l’avance des allemands sur Soissons et permis à Foch de lancer ses réserves entre Soissons et Villers-Cotterets. »

Extrait du discours de M. Clémenceau à la chambre des Députés le 4 juin 1918

« Je connais le fait d’un groupement d’hommes perdus, de Bretons, attardés dans un bois, qui ont été cernés toute une journée. Le lendemain, résistant encore, ils ont envoyé un pigeon-voyageur à leur Corps pour leur dire : « Nous sommes là. Nous avons promis de ne pas céder. Nous nous battrons jusqu’à la fin. Si vous pouvez venir nous chercher, venez. Nous pouvons encore tenir une demi-journée. »
« Ces hommes-là, ils vous font, ils vous continuent la patrie française dont vous êtes fiers, en dehors de laquelle aucune de vos réformes ne pourrait s’accomplir. Ils meurent pour le plus grand idéal, le plus beau, pour la continuation d’une histoire qui sera la première entre les histoires des peuples civilisés.
»

Durant ces heures, pénibles, les officiers et soldats du 219ème ont fait preuve d’un admirable courage. Des hommes blessés, même grièvement, ont continué à tirer sur l’ennemi, des trous d’obus dans lesquels ils gisaient. Le terrain a été défendu à l’extrême limite et malgré la fatigue, les pertes, les circonstances défavorables, tous ont mené la lutte sans une défaillance. Dans ce combat le lieutenant-colonel LE GALLOIS, commandant le Régiment a été tué.
Les 28, 29 et 30 mai, les éléments du 219ème groupés sous le commandement du capitaine LEUSSIER continuent à combattre en liaison avec le 265. Le 31 mai le Régiment est relevé et va cantonner à Villers-Cotterets.
Le 1er juin le lieutenant-colonel clément GRANDCOURT prend le commandement des éléments du 219ème.Le G.I.D. est versé au régiment, ce dernier ne forme plus qu’un groupe ayant la valeur d’une compagnie, le 3 juin mouvement à l’intérieur de la forêt et tient un secteur et la lisière S.E. (sans changement jusqu’au 5 juin). Le 6 juin beaucoup de permissionnaires étant rentrés, le Régiment est formé à 3 compagnies ; le 7, mouvement ; cantonnement Ormoy-les-Dames ; le 8, repos ; le 9, à Ouessery ; le 11, embarquement à Donmartin, le 13, débarquement à Moyen (Vosges) ; le 15, le 5ème bataillon du 268ème arrive en renfort et constitue le 6ème bataillon du 219ème. Le 18, le lieutenant-colonel LYET est affecté au commandement du 219ème en remplacement du lieutenant-colonel Clément Grandcourt ; jusqu’au 22 juin, on travaille à la réorganisation du régiment qui fait mouvement le 23 sur Azerailles et Pettonville. Dans la nuit du 23 au 24, entrée en ligne ; le 25, les compagnies françaises s’amalgament avec les compagnies américaines du 305 R.I.U.S et tiennent le secteur jusqu’au 1er septembre.
Le 2, 3 et 4 septembre relève du 219ème qui va cantonner à Azerailles et à Glonville. Le 6, embarquement en camions-autos et débarquement entre Aulnay et Braux (Aube).
Le 11 septembre, le général PRAX, commandant le XIème corps d’armée passe en revue le régiment et attache au drapeau du 219ème la croix de guerre avec palme (repos jusqu’au 19 septembre). Dans la soirée embarquement en camions et débarquement à Pogny-sur-Marne ; le 23 le Régiment quitte Pogny et va bivouaquer dans le bois entre Cheppe et la route nationale n° 3 ; le 24 septembre, cantonnement à Suippe.
Le 28, le Régiment relève le 19ème dans le secteur de Souain-Somme-Py. Depuis ce jour le 219ème a participé à une série d’actions offensives particulièrement brillantes qui force l’ennemi à évacuer l’ensemble des organisations établies comprises dans les villages de Somme-Py ; Saint-Pierre, Saint Clément et se terminent le 10 novembre sur la rive gauche de la Meuse (Mézières). Pendant la nuit, le Régiment est relevé par un bataillon du 8ème cuirassiers à pied et vient cantonner à Guinicourt et Yvernaumont. Le 11 novembre un message téléphoné annonce que les hostilités doivent prendre fin à 11 heures, le général Prax vient exprimer sa satisfaction au Régiment et particulièrement au 13ème, 14ème compagnies qui ont réussi la veille à passer le canal et repousser deux contre-attaques allemandes sur la voie ferrée.

Commentaires (2)

1. 219eri (site web) 13/04/2017

Bonjour
Merci pour vos informations sur le caporal Paul Bras. Je l'ai rajouté dans ma liste.
Si vous avez une photo de votre grand oncle je pourrais l'ajouter à coté de son nom.
Cordialement

2. Prévost 13/04/2017

Bonjour,
Grand merci pour ces pages, nos anciens étaient des héros, mon grand oncle Paul Bras, caporal au 219e a été porté disparu le 27 mai 1918.
Jugement du 21 juin 1921
Cordialement
JPP

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Date de dernière mise à jour : 27/08/2013

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